Catégorie : Opinions

  • Marc « Marceau » Tanguay

    Les libéraux ont offert ces derniers jours (mi-juin 2026) un de ces désopilants épisodes de guignol dont ils ont le secret. C’était à l’occasion —qu’ils n’ont pas manqué de saisir— de tomber dans le piège gros-comme-ça que leur a tendu PSPP, lequel n’a eu qu’à se questionner publiquement sur un possible rapprochement entre les pratiques de financement du PLQ et le crime organisé. Une notion inédite, quoi…

    Ainsi, en pleine campagne électorale, et à peine dégagés (temporairement) du cloaque des accusations générées par leur course à la chefferie (de laquelle le gagnant, Don Alfredo y don Pablo y Rodriguezzz, n’a pu jouir que le temps d’ajouter des couches de fiente à son costume pourtant déjà bien enduit), les libéraux, au lieu de profiter de cette trop courte accalmie, se sont empressés de se rappeler, eux et leurs pratiques faisandées, au bon souvenir des électeurs. Et en grande pompe, s’il vous plaît. Habile, déjà…

    Ça, c’est pour le fond. Mais la forme…

    Conférence de presse du chef-trouvé-dans-la-panique, Charles Milliard, se voulant vibrant de l’indignation des vierges offensées. Pantalonnade jouée par Tartuffe, texte lu avec son doigt.

    Mais la palme de la bouffonnerie revient à Monsieur Intérim Permanent, l’automatique deuxième de service, le fido Marc Tanguay, dans son vieux rôle d’ombre du chef, chargé de renforcer le message — tout en se taisant.

    Choix qui s’impose : il est impayable dans ce rôle muet, soulignant chaque phrase, presque chaque mot de son maître, d’une expression faciale correspondante. Car il s’agit de faire preuve d’unité. Or, le mot d’ordre ici est indignation, colère, assurance, fermeté. Toutes attitudes qu’un mime sait exprimer en silence. Mais les Marc-eau ne courent pas les rues. On prendra Guignol.

    Donc, faire écho à tout ce que le chef dit, un peu à la manière des interprètes pour sourds-muets. Encore faut-il maîtriser ce langage. Sinon, on verse dans les gesticulations, les grimaces et les simagrées. Ce que n’a pas manqué de faire notre Tanguy à nous, jamais éclos lui non plus.

    C’est ainsi qu’on a eu droit à une imitation de la célèbre famille Shiller, oui papa !, avec leurs gestes hyper-énergiques, leurs mimiques cocasses et leur enthousiasme au sourire trop large pour être vrai. Sauf que eux, ils savaient qu’ils étaient risibles. C’était ça l’idée.

    Tandis que dans le cas qui nous occupe, il fallait faire montre d’indignation, de colère, etc. Et beurrer épais. Mais trop épais de colère, ça ne fait plus peur, même à ma petite soeur, ça devient juste ridicule. Et trop épais égale Marc Tanguay.

    Sourcils froncés, ou surélevés, gros yeux, paupières qui battent, baboune d’enfant buté, continuels hochements de tête, toute la gamme du langage corporatif — pardon : corporel — y passe.

    On a vu exactement le même numéro quand Tanguay, cette fois derrière Rodriguez, jouait sa prude outrée — exactement pour les mêmes raisons, d’ailleurs. C’est qu’il ne manque pas d’occasions de le pratiquer, ce rôle…

    Écoutez, vous le voyez bien, les mots me manquent. Aussi bien regarder la chose elle-même.

    Le clou survient après 1m25s (« Y’a toujours ben des limites. »), mais toute la performance mérite le détour. Deux minutes et demie de pur plaisir.

    Ainsi donc, pour faire oublier leurs déboires judiciaires, les libéraux offrent un rappel… inoubliable. La campagne va être longue.

  • Le mot en F

    Le PLQ — jamais très loin des woke — vient de nous offrir une nouvelle bouffonnerie inclusiviste. Deux pétitions, déposées à l’Assemblée nationale par la députée Jennifer Maccarone, de Ouestmont (le PSBGM appelle bien Rosemount une de ses institutions de la rue Beaubien), demandent la gratuité des produits menstruels dans les écoles du Québec. Rien de plus noble, généreux et vertueux que telle demande. Mais.

    Le libellé, au lieu de parler de femmes, mot très clair et simple, lui préfère « personnes ayant des menstruations », en obédience avec les absurdes et stupides dogmes inclusivistes des woke. Tout de suite, nombre de femmes (menstruées ou non) se sont levées, à bon droit outrées, estimant qu’une formulation pareille, occultant le désormais mot en F, tend à les invisibiliser.

    Faudrait savoir ce qu’ils veulent, les woke.

    Il n’y a pas si longtemps, une des plus vocales d’entre eux, Émilie Nicolas, défendait bec et ongles les délires grammaticaux de l’écriture inclusive, remède indispensable selon elle à l’invisibilisation des femmes infligée par la langue française, mesquinement masculiniste depuis des siècles.

    Bref, au nom de l’inattaquable cause de l’égalité des femmes, d’un côté on mutile la langue pour « dé-genrer » tout le vocabulaire, et de l’autre côté on efface le mot en F des dictionnaires. D’un côté on crie au complot masculiniste de l’invisibilisation des femmes, de l’autre, les mêmes taliban.e.s woke invisibilisent les femmes, par leur refus de les nommer en tant que telles. Et au nom de la même cause. Cohérence.

    Vite assiégés, les libéraux, dans un plaidoyer exposant toute la profondeur de leur maturité et de leur prometteur sens des responsabilités, ont rejeté la faute sur des étudiants du secondaire, rédacteurs de la pétition. Bel acte de bravoure, mon Charles…

    Mais, du même geste, ils révèlent sans le vouloir un autre aspect de la nocivité du wokisme, cette nouvelle religion dont, manifestement, on bourre désormais le crâne de nos élèves du secondaire — sinon du primaire, voire avant.

    C’était bien la peine de s’extirper de la Grande Noirceur.

  • La libarté selon André Pratte

    Alignés derrière André Pratte, maître à penser-petit de la secte libérale, les membres du caucus du PLQ viennent de pondre (je suis poli…) une pièce d’anthologie en matière de sophisme absurde.

    Derniers à reconnaître, et du bout des lèvres, la réalité du déclin du français au Québec, les libéraux prétendent maintenant vouloir se porter au secours de notre langue — pas gênés de revêtir de la sorte le costume du proverbial pompier pyromane. Leur analyse du problème ? : C’est la faute à la loi 96. (D’aucuns, parmi les plus ardents et sincères défenseurs du français au Québec, font le même constat, estimant que cette loi est insuffisante pour en enrayer le déclin.)

    Les libéraux ciblent donc la loi 96. Auraient-ils enfin compris ? Minute. Eux, ils trouvent qu’elle… va trop loin ! Raisonnement prattien classique : le français décline, c’est sûrement à cause de la loi 96, donc, abolissons-la. Tout va s’arranger tout seul.

    La digue ne suffit plus à contenir l’inondation, enlevons la digue. Gaahh.

    C’est à peine croyable qu’ils soient encore capables de pareilles ratiocinations. Pratte ne fait même plus l’effort d’essayer d’avoir l’air logique. On dit n’importe quoi et son contraire, et on s’en satisfait.

    Slogan : décréter quels cégeps les citoyens auront le droit de fréquenter, ça revient à dire quoi faire, à des adultes.

    Ben oui, Chose. En passant, toutes les lois disent aux adultes quoi faire. L’ex-sénateur serait-il devenu anarchiste ? Libarté !

    Mais non, juste une contradiction de plus. C’est ce qui arrive fatalement quand on cherche à berner en même temps des électorats aux aspirations opposées. Une ligne ici pour les nationalistes, une ligne contraire là pour les angryphones. Laquelle est sincère ? Aucune, évidemment.

  • Génocide tranquille

    Musique de Jacque Joly

    Comment faire disparaître un peuple sans tuer personne ? En l’avortant — puisque l’avortement n’est pas un meurtre.

    Pour avorter un peuple, il faut suivre la même logique que pour un individu : tant qu’il n’est pas conscient d’exister, c’est permis.

    Et pour empêcher un peuple de prendre conscience de son existence, il faut lui répéter inlassablement qu’il n’existe pas, qu’il ne le pourrait, et que de vouloir exister est la plus vile des propensions, la plus futile des velléités.

    Ainsi, entre la Nouvelle-France et le Canada post-national, la nation québécoise sera passée directement de l’aube au crépuscule. 

    Sans avoir vu le jour.

  • Halal

    Or donc, sous couvert de progrès économique, le Canada subventionne l’abattage halal (et kasher) pour accomoder ceux qui, par foi sincère (ou par jihad insidieuse) refusent de manger de la viande obtenue de manière non-barbare.

    Et il y a ce concept étrange d’hypothèque halal qui a déjà fait son nid.

    Ça ne fait certainement que commencer. Haroun Bouazzi, de Québec Solidaire, vient de remettre une couche à sa croisade vers l’hallalisation de l’Assemblée nationale(-ale). À mots couverts pour le moment.

    Force est donc de constater que le spectre politique gauche – droite n’est pas linéaire, il est circulaire. De telle sorte que les extrêmes, à première vue irréconciliables, finissent par se rejoindre objectivement.

    Ainsi, l’extrême-droite du fondamentalisme religieux et l’extrême-gauche du wokisme béatement inclusif aboutissent main dans la main à la promotion des pratiques halal. Cohérence…

    Quant aux Québécois plus modérés, toujours aussi inconstants politiquement (voir https://www.mb499.ca/2026/02/11/les-perils-du-suffrage-universel/), ils semblent maintenant (mars 2026) sur le point d’élire le parti libéral, lequel, si jamais, n’aura d’autre urgence que de détruire toutes les modestes et fragiles avancées des dernières années en matière de laïcité et de protection du français.

    Ainsi, ce peuple sera passé directement de l’aube au crépuscule, à une vitesse sans précédent dans l’Histoire (voir https://www.mb499.ca/2026/02/12/pronom-imprononcable/).

  • Pronom imprononçable

    Parlons un peu du mot en « N »… non, pas celui-là, un autre (il va bientôt manquer de lettres à l’alphabet pour occulter tous les mots voués au bannissement woke).

    Je parle du mot « nous ». Il est désormais très périlleux de l’employer dans une discussion politique — inclusion oblige. Celui qui s’aventure à le faire s’expose à sa classification sans appel dans des catégories telles que xénophobe, replié-sur-soi, intolérant, ségrégationniste, fasciste, raciste, etc ; étiquettes inamovibles et indélébiles destinées à l’exclure (!) à jamais de la Cité.

    (Détail amusant : le très regretté René Homier-Roy, esprit brillant et grand prêtre woke dans ses dernières décennies, et par là féroce pourfendeur de l’usage du « Nous » pour désigner les Québécois, n’en avait pas moins, dans une vie antérieure, fondé et dirigé une revue très québéco-centrée, qu’il a baptisée Nous… L’homme très écouté n’avait alors pas les mêmes pudeurs, faut croire. J’étais abonné à Nous. On y lisait Foglia, Bourgault, entre autres libres-parleurs).

    Passons.

    Or donc, pour un Québécois, dire « nous » serait la marque d’une intention de réserver cette appellation à un groupe restreint, couplée à une volonté d’exclusion de tous les autres résidents du Québec. Beau piège…

    Ainsi ce peuple, encore si peu sûr d’exister, se fait taper sur la tête à la moindre velléité de se définir — lui l’un des rares à ne l’avoir toujours pas fait. À l’origine Canadien (à bon droit), il a dû édulcorer ce titre devenu ambigü pour cause de conquête, et prendre celui de Canadien-français. Puis, subdivisions confédératives obligent, se départir à nouveau de son nom pour prendre celui de Québécois. Aboutissement apparemment logique, voire heureux, d’une laborieuse évolution. Mais voilà : il est ici le piège.

    Il y a deux définitions du terme « Québécois ». L’une simple (sinon sciemment simplificatrice), et l’autre plus circonscrite. Les deux sont absolument légitimes — ce qui n’arrange pas les choses.

    La définition simple : citoyens du Québec.

    L’autre définition : citoyens du Québec descendant des colons Français de la Nouvelle-France.

    Parmi ces derniers, ceux qui se permettent encore de dire « nous » pensent tout naturellement au deuxième groupe : le leur — c’est ce qu’on leur reproche. La seule définition acceptable aux yeux de leurs critiques est la première. Tous les citoyens n’ont-ils pas les mêmes droits ? À quoi rime une telle discrimination sémantique ?

    Soit. Mais, parlant de droits, celui de se définir, de s’identifier (attention, prochain mot en « i »…), n’est-il pas bien réel, légitime ? Je pense que oui.

    Si bien qu’au final, le Québécois « de souche » qui cherche à se définir, obligé déjà de changer de nom à tout virage du vent de l’histoire, doit en plus maintenant composer avec les restrictions du dogme inclusiviste, et, guetté par les sourcilleux ayatollahs de cette doctrine, trouver sa voie dans le peu d’espace que ça lui laisse.

    Baillonné dans la chambre-étau.

    Étouffement.

    Pourtant, ceux-là mêmes qui interdisent de prononcer le mot en « N » le pensent tout bas. Exemple : supposons un référendum (ou deux, ou trois…). Deux options, le oui et le non, deux camps nettement définis. Ceux du camp du oui appelleront « nous » l’ensemble des partisans de cette option, et « eux » les partisans du non. Et l’inverse est tout aussi vrai, et normal. Pareil pour des élections.

    Le clivage « nous – eux » est naturel, inévitable en société, sur toutes sortes de lignes de fracture. Faire stupidement semblant qu’il n’existe pas ne lui enlève rien de sa réalité.

    Mais les wokes croient fermement que bannir un mot éradique ce qu’il représente. Les apparences — seules notions à leur portée — leur suffisent.

    Qui les en blâmerait ? Ils sont en train de gagner la partie.

    L’avortement de l’embryon québécois est en bonne voie de se finaliser.

    Étouffé dans l’œuf.

  • Les périls du suffrage universel

    Que voici la vache sacrée des vaches sacrées, aboutissement mécaniquement logique de la démocratie, enfant de celle-ci et des bons sentiments, antidote aux injustices, panacée contre tous les maux sociaux, garantie de la contribution de tous les talents aux affaires publiques. N’en jetez plus !

    S’y opposer relèverait de la misogynie, du racisme, de l’esprit de caste, d’une propension à la tyrannie, à l’autocratie, bref, à l’autoritarisme, que celui-ci soit exercé dans l’ivresse du pouvoir absolu ou subi dans les délices de la soumission abjecte.

    Inattaquable concept, et honni soit qui mal y pense.

    Une merveilleuse chose, donc, que le suffrage universel. Mais a-t-il un prix ?

    Notons d’abord, avant de sacraliser ce concept, qu’il n’a pas de racines très profondes dans l’Histoire. Loin d’être descendu du Sinaï dans les mains de Moïse, ce n’est qu’à la toute fin du XVIIIe siècle qu’il commence à germer dans les esprits, et à s’appliquer, d’abord timidement. En effet, loin de satisfaire à sa définition moderne (reconnaissance du droit de vote à l’ensemble des citoyens en âge de voter), il s’agissait au début d’un privilège réservé sur le mode censitaire (citoyens payant un minimum d’impôts), ce qui avait pour effet d’exclure l’immense majorité de la population. Et n’oublions pas que, naturellement, le terme « citoyens » n’a commencé à s’appliquer aux femmes qu’au XXe siècle, à part quelques rares exceptions un peu plus anciennes. Déjà…

    Maintenant, examinons ce concept dans son essence. Sous son aveuglante vertu, en quoi consiste-t-il ?

    Et d’abord, qu’est-ce que le droit de vote ? Il s’agit d’octroyer à un individu l’opportunité de participer à une décision collective, celle de choisir les dirigeants des divers corps d’État, président, premier ministre, député, maire, représentant local, etc. Décision importante, d’autant plus lourde de conséquences à mesure qu’elle s’applique à des niveaux plus élevés. Et généralement irréversible au moins pour quelques années. Il s’agit donc de voter en connaissance de cause, autant que possible.

    Un mauvais choix (oui, une majorité peut se fourvoyer, et peut-être même plus souvent que d’avoir raison), un mauvais choix et les choses peuvent très mal tourner. Exemples ?

    En France, la toute première élection au « vrai » suffrage universel (cens aboli mais femmes exclues), en 1848, a porté au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, médiocre personnage neveu d’un très grand nom, lequel patronyme, seule qualité (à part son ambition sans scrupules), a suffi à lui valoir une écrasante majorité. Dans son cas, c’est à lui que le suffrage universel a été utile, pas au peuple. Jugeons-en : au terme de son mandat, en principe unique, un coup d’État lui a permis de passer outre à la règle de non-rééligibilité, et de demeurer au pouvoir. Un an après, appuyé à nouveau sur le suffrage universel, il se pare du titre d’empereur, et le demeure presque 20 ans — sans élections désormais. Bravo la démocratie jetable !

    Avançons au siècle suivant, en Allemagne. 1934 : Hitler est plébiscité au suffrage universel. Faut-il développer ?

    Arrivons au XXIe siècle, États-Unis d’Amérique. Le plus invraisemblable candidat qu’on puisse concevoir, Trump, est élu en bonne et due forme président, et deux fois plutôt qu’une, intervalle au cours duquel il a pourtant eu amplement l’occasion d’exposer sa dépravation. En développement…

    Ces cas sont sans doute les plus graves, mais pas les seuls. Combien de personnages improbables ont été portés au pouvoir pour les plus mauvaises raisons, avec des conséquences néfastes ? Et grâce à quoi ? Au sacro-saint suffrage universel.

    Il y a donc bel et bien un prix à payer pour ce trésor. Pousser les hauts-cris ne changera pas cette réalité.

    Les plus avisés me reprocheront de préconiser plutôt le suffrage capacitaire. En deux mots, le suffrage capacitaire a pour but de réserver le droit de vote à ceux qui comprennent les enjeux en cause. Ça s’est déjà fait, mais fort peu, et de manière assez imparfaite — sinon pire. La difficulté réside dans la méthode pour arriver à déterminer ladite capacité. Certains ont procédé par le biais des diplômes détenus, d’autres sur une évaluation de l’alphabétisation, sur la profession exercée, d’autres encore sur l’aptitude à comprendre la constitution ou les lois, etc. Grand risque d’arbitraire ici, évidemment. Et puis, à qui conférer le pouvoir de faire le tri ?

    Le plus mauvais exemple qui saute tout de suite aux yeux est celui des États-Unis des années 1950-60, où l’application d’une approche de ce type avait pour résultat d’exclure la plupart des Noirs — et ce n’était pas par accident : la preuve en est qu’une clause exemptait les analphabètes dont le père ou le grand-père avaient voté — clause dont ne pouvait bénéficier aucun Noir illettré, de facto, n’ayant pas d’ascendants ayant pu voter. Cette situation inique autant que cynique est d’ailleurs le principal argument de ceux que l’approche dite capacitaire révulse.

    J’entends. Mais quand on interroge ces inconditionnels de la vertu sur la définition de suffrage universel (reconnaissance du droit de vote à l’ensemble des citoyens en âge de voter), on constate qu’ils ne se rendent même pas compte du fait qu’il s’agit là-aussi d’une forme de suffrage capacitaire, celle-ci basée sur l’âge. Limite tout à fait arbitraire et discrimatoire (les différents seuils les plus communs sont (ou ont été) de 16, 18, 21 ou 25 ans). La seule force de cette approche, c’est la grande facillité de son application : une carte d’identité et le tour est joué. Bien sûr, un enfant de quatre ans ne devrait pas avoir le droit de vote. Mais nous connaissons tous des jeunes de 17 ans qui sont immensément plus avisés en matière de politique que d’autres personnes — nous les connaissons aussi — qui ont le triple ou le quadruple de cet âge, et davantage. Et, à l’autre extrémité de la vie, quand une vénérable personne ne sait même plus son nom ?

    Hauts-cris encore.

    Mais, à la fin, il faut bien ouvrir les yeux. La facillité d’application d’un système est bien le pire argument pour le maintenir. Et surtout, cela ne doit en aucun cas fermer la porte à toute réflexion.

    Car de quoi s’agit-il ici ? À quoi servent les élections ? À donner à tel ou tel individu l’inaliénable satisfaction d’exprimer son opinion, ou plutôt à placer des personnes compétentes aux postes de direction ? Il ne faut pas confondre le moyen et ses modalités, avec le but de l’exercice.

    Le médecin a pour fonction de soigner. L’enseignante a pour fonction d’instruire. Le pilote de ligne a pour fonction de mener à bon port un avion rempli de passagers. Le plombier a pour fonction d’installer et de réparer la plomberie, et l’électricienne, le système électrique. Pour toutes ces fonctions, on exige, à raison, des preuves de compétences.

    Un électeur a pour fonction de nommer les dirigeants de son pays. C’est important, ça aussi. Est-ce un sacrilège que d’exiger qu’il en ait la compétence ? Est-ce abusif que de souhaiter qu’il comprenne ce qu’il fait ?

    Je me souviendrai toujours de ce bonhomme, interrogé sur la rue par un journaliste, qui, à la question À combien pensez-vous que s’élève la facture annuelle d’électricité de la Ville de Montréal pour l’ensemble des lampadaires le long des rues ?, avait répondu… 1 500 $. Ce type a le droit inviolable de voter contre un maire sortant, « à cause de ses dépenses excessives ». Et comment ne pas penser aux imbéciles et/ou ignares exposés par Guy Nantel, tant et tant de fois ? Tous citoyens en règle.

    Si, exemple hypothétique cette fois, le suffrage capacitaire basé sur l’instruction avait été la règle aux États-Unis, jamais Trump n’aurait été élu. Même pas proche. On aurait eu Hillary, Kamala. Des femmes, déjà. Peut-être pas des Lincoln 2.0, mais franchement, en comparaison de l’autre dangereux dément, qui n’a eu qu’à exciter les plus bas instincts de la populace — lesquels d’ailleurs sont aussi les siens… Les États-Unis sont devenus une ochlocratie.

    Le droit de vote est considéré et traité comme un droit individuel. Détournement. Le vote est un exercice collectif, pas au bénéfice des individus, mais au service de la société. Il faut donc faire en sorte que ça soit la société qui en profite, et non pas des individus.

    Dit autrement, voter n’est pas un droit, c’est une fonction. Dans un autobus, seul le chauffeur qualifié, pas l’ensemble des passagers, peut s’installer au volant. Ce n’est pas un jeu, c’est sérieux.

    Il faut distinguer les outils des jouets. Et, par conséquent, séparer les adultes des grands enfants.

    Comment, en pratique ? Je ne sais toujours pas. C’est le dilemme de Churchill, qui disait : La démocratie est le pire des systèmes — à l’exclusion de tous les autres.

    Mais qu’il ne soit pas interdit de réfléchir.

  • Se servir de Malala

    Dans la discussion entourant les diverses formes de voiles portés en certaines circonstances par des Musulmanes, et l’attitude sociale qu’il convient d’adopter vis-à-vis ce « simple vêtement », certains soutiennent qu’il est faux de prétendre qu’il s’agit, dans le contexte actuel, d’un étendard islamiste. Toutes sortes d’arguments sont avancés.

    Parmi ceux-ci, j’en retiendrai deux, assez amusants :

    « Le voile n’est pas un étendard islamiste puisqu’il existait longtemps avant l’islam ».

    « Malala Yousafsaï (1), héroïne pakistanaise de la lutte pour le droit à l’éducation des jeunes filles, porte le voile, et l’a fait en recevant son prix Nobel pour sa défense de cette cause. Ceci démontre que le voile n’est pas un étendard islamiste »

    Qualifier ces ratiocinations de sophismes serait leur faire trop d’honneur. J’opte plutôt pour « raisonnements de machine à coudre ».

    Voyons le premier. En vertu de cette « logique », du fait que la croix, cet instrument de torture romain, existait bien avant qu’on n’y cloue un certain Jésus, il serait faux de prétendre que cette même croix est devenue un symbole chrétien.

    Et, puisque l’on parle de croix, une autre variété, la croix gammée, ayant fait son apparition en Orient il y a des millénaires, il faudrait s’abstenir de considérer comme de la propagande nazie le fait d’en barbouiller des synagogues ou des pierres tombales juives, et considérer sérieusement la possibilité qu’il s’agisse plutôt de paisible éloge de valeurs hindouistes ou bouddhistes.

    Allons. Contentons-nous de sourire.

    Passons à l’instrumentalisation de Malala, procédé fort en vogue chez les négationnistes de la montée islamiste.

    Ainsi, parce qu’une incontestable héroïne de la libération des femmes, à travers son action pour permettre l’enseignement des jeunes filles au Pakistan, pays cancéré par le talibanisme, parce que Malala Yousafsaï, croyante musulmane, porte le voile, il serait interdit de voir le port de ce dernier, par quelque musulmane que ce soit, comme un geste, non simplement esthétique, culturel ou religieux, mais bien islamiste.

    Décidément…

    L’alphabet peut servir à écrire de tendres poèmes, mais aussi des lettres de menaces, ou pire. Tout dépend des motivations de celui qui tient la plume — ou de celle qui porte le voile. Exclure, parmi ces possibles motivations, la propagande islamiste, exercée par de très nombreuses personnes, relève de la pensée magique la plus niaise.

    Revenons à Malala.

    Qu’a-t-on à lui prêter des intentions, à solliciter son appui involontaire à des causes parfois contradictoires ? N’en fait-elle pas déjà assez ? N’était-ce pas assez d’avoir reçu une balle à la tête tirée par un fou de Dieu, pour qu’on la laisse tranquille (quel mauvais choix de mot !) se consacrer à UNE cause, SA cause, immense et exigeante, dangereuse, sans la convoquer à prétendûment absoudre tout port du voile, par qui que ce soit, au nom d’une ratiocination risible, d’une simplification infantile ?

    Les questions sociales ne sont pas toutes à choix binaire. On peut s’opposer aux talibans sans devoir être athée. Préconiser l’enseignement à des jeunes filles musulmanes tout en portant un voile, et sans exclure d’autres visées par d’autres personnes.

    Mais comprendre cela semble trop compliqué à nos résonneurs.

    • (1) Malala Yousafsaï est cette jeune Pakistanaise qui se bat depuis l’enfance contre cette vermine de talibans, pour l’enseignement aux filles dans son pays. En 2012, à l’âge de 14 ans, elle frôle la mort aux mains d’un fanatique en mission commandée.
  • De « l’inutilité » du Bloc québécois.

    Il est de bon ton chez maints fédéralistes ultras de qualifier le Bloc Québécois d’inutile. Ce mot leur saute aux lèvres dès qu’ils en parlent, et les plus indigents parmi eux en ont même fait un slogan, un mantra, une litanie.

    Ça leur est devenu un automatisme. Or, la caractéristique d’un automatisme est de ne jamais être questionné par ceux qui en sont affectés. Pathologie.

    Grave atrophie du sens critique.

    Essayons de pallier.

    Inutile. Pourquoi inutile ? Par opposition à «utile», je suppose. Qu’est-ce qui empêche le Bloc d’être utile ? Vous dites ? Le pouvoir ? Ah, le pouvoir. Le Bloc Québécois ne peut pas accéder au pouvoir, donc il est inutile. C’est simple, non ?

    Non. C’est simpliste, plutôt — mais certains fédéralistes n’en sont pas à leurs premières armes en fait de simplisme… ou de sophismes.

    Il y a là-dedans deux pseudo-évidences implicites : avoir comme représentants des députés du parti au pouvoir est utile, et rien d’autre n’est utile.

    Je soupçonne ceux qui «raisonnent» de la sorte de ne comprendre qu’une seule chose de la politique : ou bien on a gnagné, gna gna gna, ou bien on n’a pas gnagné. En ce sens stupidement restreint, seul le pouvoir, en effet, peut être utile — à une certaine satisfaction. La politique, les affaires publiques, pour ceux-là, se résument à cette dichotomie archi-primaire. Une fois le vote compté, plus rien ne compte. Les gnagnants célèbrent, les perdants se morfondent.

    Mais pour les autres, les adultes politiques, il y a lieu d’examiner la question de façon moins infantile.

    Baigner dans la certitude qu’avoir une majorité de pantins d’arrière-ban au «pouvoir» promet la manne, c’est faire preuve de myopie politique. L’observation des faits, depuis des décennies, suffit amplement à démontrer que les grasses majorités produisent exactement l’effet contraire. Il faut donc être, soit très mal avisé — on en connaît — soit de mauvaise foi crasse — on reconnaît Mulcair — pour en venir à cette conclusion, et, qui plus est, l’ériger en certitude hors de tout doute.

    Car, qu’a retiré de bon le Québec de toutes les majorités qu’il a accordées aux libéraux à Ottawa ? La loi des mesures de guerre ? Les magouilles référendaires de 1980 et 1995 ? Les exactions de la Arcee Empee ? La Constitution de 1982, imposée sans son accord ? (Cette Constitution fondée sur « La reconnaissance de la suprématie de Dieu », oui monsieur…)

    Ou peut-être la doctrine multiculturaliste des Trudeau père et fils, découlant de cette même Constitution gardée par des juges, et contraire aux aspirations morales, laïques, linguistiques et identitaires de la nation québécoise, et qui, combinée à une politique immigratoire effrénée, met en danger la survivance même de cette nation ?

    Ce ne sont là que quelques exemples des précieux  « bénéfices » qu’a retirés le Québec des majorités offertes au PLC. Ce parti, d’ailleurs, a toujours très bien compris qu’il n’est pas nécessaire de renvoyer l’ascenseur à une province qu’il a déjà dans sa poche. Mieux vaut travailler les régions moins sûres — comme l’Ontario. Et il s’en trouve pour considérer cela, non seulement comme utile, non seulement comme nécessaire, mais surtout comme la garantie indispensable de ne pas « tomber dans l’opposition », grand malheur s’il en est.

    Parce que l’opposition, à quoi ça sert ?

    Bon.

    Donner à un parti au pouvoir (et particulièrement aux libéraux) l’opportunité de gouverner sans partage, sans entraves, voire sans critiques, c’est ouvrir la porte à tous les abus, à toutes les errances, aux pires folies. Une opposition forte et avisée peut pallier ce péril. Et, mieux encore, si cette opposition est assez nombreuse pour placer le gouvernement en minorité, alors fini les poussées d’autoritarisme. Obligé de composer, de négocier, il ne peut plus se permettre autant d’excès.

    Ajoutons maintenant que si cette forte opposition est composée en grande partie par des députés du Bloc, voués par définition à la défense des intérêts du Québec, on ne peut naturellement qu’en attendre les plus grands bienfaits.

    Mais allez dire ça à ceux qui ne comprennent du mot « démocratie » que le nom d’un sport comme un autre : pourvu qu’on gnagne, gna gna gna — et en trichant c’est encore mieux. Quant aux perdants, eux et leurs valeurs, ils ne méritent que le plus méprisable des sorts : l’opposition, ce club de perdants inutiles.

    En être encore là, 2 500 ans après Platon…

    Sauf que nos bouffons de service ne sont pas des penseurs, même rudimentaires. Ils ont appris par coeur quelques tours — tournures — faciles, qu’ils répètent depuis par réflexe, automatiquement, ad nauseam, et cela leur suffit — puisque suffisants.

    Mais encore.

    Si l’indépendance du Québec devait ne jamais se faire, si notre peuple devait s’estomper petit à petit dans ce Canada de plus en plus incompatible, voire hostile, le Bloc québécois aura cette ultime utilité de ne pas leur permettre de nous oublier si vite.

    Ne serait-ce que pour cela…

  • Écriture inclusive selon Émilie Nicolas

    (Ce texte se veut une réponse aux propos de madame Émilie Nicolas, chef de file des wokes, tenus le 24 septembre 2025, dans le cadre d’un panel à l’émission En direct avec Patrice Roy, à Radio-Canada, et portant sur la décision du Gouvernement du Québec de bannir l’écriture inclusive des communications gouvermementales et para-gouvernementales. Segment débutant à la 16e minute).

    ***

    D’entrée de jeu, madame Nicolas étale sa connaissance de l’histoire de la langue française (lire : notre ignorance de la chose). La leçon commence par le rappel du fait que le pronom indéfini « on » a toujours existé. Il faudrait croire, selon elle, que c’est la preuve que le français était, à l’origine, foncièrement épicène, et que ce n’est qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles que l’Académie française a pris la décision « idéologique » de « genrer » notre langue. Ouf ! Par où commencer ?

    Peut-être par faire observer que l’existence du  « on » ne s’explique pas par un quelconque souci tout gentil de faire épicène, « non-genré », mais par le besoin d’un pronom indéfini quand le sujet qu’il désigne est, justement, non précisé. Procès d’intentions — vertueuses ici, mais néanmoins fausses. En passant, les phrases avec pronom indéfini s’accordent toujours au masculin. Hè…

    Mais le plus fou est cette affirmation à l’effet que le français a été rendu « genré » par les méchants masculinistes de l’Académie française, autour de 1700, dans le but, idéologique comme chacun sait, d’effacer la Femme du paysage. Gynocide, rien de moins. Procès d’intentions, on disait ? (Elle répondait de la sorte à Christian Dufour, qui venait de qualifier d’idéologie la notion d’écriture inclusive. Le bon vieux « Celui qui le dit c’est lui qui l’est » de nos cours d’école. Pas fort.)

    Les archives de l’histoire de la langue que madame Nicolas voudrait nous enseigner contiennent-elles des pièces permettant d’étayer une aussi grave accusation ? Certainement pas, puisque le « crime » n’a jamais été commis. En effet, l’histoire — la vraie — de la langue française montre bien que celle-ci était « genrée » au moins dès les années 1100, date de l’écriture de la célèbre Chanson de Roland, poème apologétique très « genré » que connaît tout premier venu ayant ouvert le moindre fascicule d’histoire de la langue française, et qui relate les mésaventures de Charlemagne en Espagne, lui et son féal comte Roland.

    Et puisqu’on parle de Charlemagne, parlons donc des Serments de Strasbourg, qu’ont prêtés ses petits-fils, en 843, pour se partager l’empire disloqué de leur aïeul, et qui ont été rédigés en tudesque (langue des peuples de l’est de l’empire, et qui deviendra l’allemand) et en roman (langue des peuples de l’ouest, qui deviendra le français). Notre petit amateur d’histoire de tout à l’heure, s’il ne sait qu’une chose, c’est que ce texte est reconnu comme le tout premier écrit en langue française — ou romane si on y tient. Et devinez quoi : le roman était déjà « genré ».

    Est-il nécessaire de rappeler, en plus, que français et roman, ainsi, du reste, qu’italien, espagnol et roumain, bref toutes les langues latines, sont issues du… latin, absolument « genré » lui aussi ? Le « complot » remonte à loin, bien avant Richelieu… Mais le complotisme se passe très bien de chronologie et de cohérence. C’est d’ailleurs une condition indispensable à la persistance de ses théories.

    Passons au sophisme woke suivant.

    « La langue est vivante et elle évolue avec la société. Quand la société évolue, la langue évolue avec. ».

    Le mot magique est lâché : évolution. Tout ce qui s’en réclame devient par définition inattaquable. Et ceux qui questionnent, de vils réactionnaires. C’est très commode — mais un peu court. Premièrement, tout changement, toute évolution, n‘est pas nécessairement progrès. L’érosion, la dégradation, le pourrissement, sont aussi des formes d’évolution. Il faut donc juger au cas-par-cas.

    Mais surtout, de quelle évolution parle-t-on ici ? Le peuple, profondément « genré » depuis des millénaires, aurait, en l’espace d’une ou deux décennies, spontanément et de concert, « évolué », au point de devoir mutiler sa langue pour qu’elle reflète cette évolution-éclair ? Allons.

    Ça a toujours été le fantasme des idéologues de vouloir faire « évoluer » les sociétés vers ce qu’ils considèrent comme le bien, et ce, instantanément, rien qu’à l’énoncé de leurs doctrines. Or, ça n’arrive jamais. Mais que leur importe ? Impuissants à faire tourner la Terre dans l’autre sens, ils se paient au moins la satisfaction de parler comme si — et voudraient imposer leur novlangue aux masses, mettant ainsi, littéralement, la charrue devant les bœufs, et les lunettes roses devant les yeux.

    Songeons seulement aux risibles tentatives de la première Révolution française d’imposer un nouveau calendrier sorti de nulle part — encore cette manie des idéologues de baptiser, à défaut de la faire advenir concrètement, une réalité que seules leurs lubies discernent. C’est ainsi que les Frimaire, Pluviôse et autres Décadi sont repartis aussi vite qu’ils étaient apparus, et n’ont guère connu d’existence en dehors des actes officiels de l’éphémère Convention. Le bon peuple ? il en riait. Et il a eu le dernier mot. Signe.

    Bref, les langues, comme les sociétés, évoluent lentement, et non pas à coups de pied au cul, donnés par des idéologues impatients de voir le monde transformé selon leur idéal, de leur vivant. Rappelons que Moïse n’a jamais vu la Terre Promise, ni Marx le Grand Soir, ni Voltaire ou Rousseau la République. Patience, donc. On ne tire pas sur une fleur pour la faire pousser plus vite. Et cette sagesse nous évite de se jeter tête baissée dans toutes les modes fofolles qui passent. Et a l’avantage de filtrer les dérives délirantes.

    Puis…

    Multipliant les mimiques d’une personne supérieure exaspérée et navrée par les inepties de ses congénères, madame Nicolas se plaint ensuite que les détracteurs de l’écriture inclusive se servent toujours des exemples les plus lourds (imposés par cette doctrine), afin de la caricaturer. Bon. Je cherche encore des exemples qui ne soient pas lourds, voire caricaturaux.

    Mais qui donc les a créés, ces exemples ? Ici, madame Nicolas, qui les préconise — et en qualifie elle-même certains de lourds et prêtant flanc à la caricature — a sur ce point une accusation à porter : si ridicule il y a, ce n’est pas la faute des auteurs de cette dérive, mais la faute de ceux qui la dénoncent ! La bonne foi n’aura pas fait long-feu… Avec une éthique pareille, tactique d’idéologues où les contraires se confondent, ils ne peuvent que toujours se donner raison.

    Ne reste alors qu’à identifier le vilain utile, ici les personnes conservatrices, que Legault essaie de rameuter à des fins électoralistes (autre procès d’intentions). C’est oublier trop vite que, pour rallier la population dans un désamour de l’écriture inclusive, il n’y a pas grand effort à faire… En effet, malgré les prétentions de madame Nicolas, on n’est pas rendus là. Et c’est pas demain la veille… du grand soir.

    Ainsi donc, l’écriture inclusive ne ferait qu’essayer généreusement de refléter la société. De rendre à nouveau visible cette moitié de la population machiavéliquement invisibilisée depuis 300 ans (en fait, 3 000, on l’a vu). Posture apparemment inattaquable.

    Encore faut-il démontrer que cette invisibilisation s’est réellement produite. Mettons que l’on a mis beaucoup de temps à s’en scandaliser… En fait, les femmes — certaines femmes — n’ont senti l’injustice que quand des idéologues les ont persuadées qu’il en existait une, et qu’elles en étaient les victimes. L’affaire de quelques années. Les autres — l’immense majorité — ont toujours très bien compris qu’elles n’avaient pas à « prendre personnel » les nécessaires aménagements grammaticaux sans lesquels une langue touffue comme la nôtre ne survit pas.

    Sauf que notre woke préférée n’a pas pu s’empêcher d’ajouter, au nombre des multitudes ainsi ignoblement invisibilisées, les personnes « non-binaires ».

    Entrevoit-on bien ce que cela signifie ? La porte s’ouvre à l’inclusion, dans la grammaire, de toutes les altérations nécessaires pour re-visibiliser toutes les catégories de personnes qui ne cochent ni F ni M dans les formulaires, au gré de leurs ressentis volatiles — et qui forment moins de 0,1 % de la population (mais on recrute activement, ceci dit ; ou plutôt, on endoctrine). Ce n’est qu’un début, continuons le combat, dit le mantra du militantisme.

    Parlant de mantra militant, quand madame Josée Legault, présente à ce panel, est venue à son tour dire que le néologisme « iel » avait été inclus dans le Robert (2021), on a pu entendre un triomphant « Voilà ! » de madame Nicolas. Une noyée s’accrocherait à un cure-dents, comprenons-la. Mais on ne peut, par ailleurs, laisser passer cette auto-proclamation de victoire (Trump nous en a assez truffés).

    Rappelons donc que le Robert n’est pas un ouvrage de référence, contrairement au Larousse, par exemple. Notre férue de langue devrait savoir ça. Quant au Larousse, non seulement s’est-il refusé à inclure ce barbarisme, mais encore, avec véhémence, allant jusqu’à dire que cette tendance menaçait l’existence même du français. Excusez du peu. Un dictionnaire, rappellent les linguistes, n’a pas à consacrer des termes issus du militantisme, passagers par nature, tant qu’ils ne sont pas passés dans les mœurs, et attestés massivement, et sur une longue période. On est très loin du compte, malgré les illusions des wokes, qui voudraient que chacun de leurs rêves se matérialise dès qu’ils sautent du lit. Tollé également un peu partout dans la francophonie savante. Et ne parlons même pas de l’Académie française, vieille de quatre siècles — et qui en passera au moins quatre autres sans succomber à ces assauts intempestifs.

    Notre militante s’est bien gardée de mentionner ces faits — elle fidèle à sa mission, et à sa manière.

    ***

    Maintenant que nous avons réfuté chacun des sophismes d’Émilie Nicolas (je reconnais qu’il y en avait beaucoup), terminons sur une courte déclaration qui exprime l’essentiel de mon sentiment, de ma position sur le sujet de l’écriture inclusive.

    Ultimement, c’est faire insulte à l’intelligence des femmes que de prétendre que leur légitime aspiration à l’égalité passe par une mesure purement cosmétique comme l’écriture inclusive.

    Grimer la langue au lieu de modifier les attitudes et les pratiques. Théâtre.

    On n’atteindra pas concrètement la vraie égalité en infantilisant les femmes, en les représentant comme des créatures capricieuses qui se mortifient d’outrages inventés dont le redressement revanchard seul pourrait les calmer.

    N’est-ce pas là exactement ce que dénonce le féminisme ?