Étiquette : Politique

  • Marc « Marceau » Tanguay

    Les libéraux ont offert ces derniers jours (mi-juin 2026) un de ces désopilants épisodes de guignol dont ils ont le secret. C’était à l’occasion —qu’ils n’ont pas manqué de saisir— de tomber dans le piège gros-comme-ça que leur a tendu PSPP, lequel n’a eu qu’à se questionner publiquement sur un possible rapprochement entre les pratiques de financement du PLQ et le crime organisé. Une notion inédite, quoi…

    Ainsi, en pleine campagne électorale, et à peine dégagés (temporairement) du cloaque des accusations générées par leur course à la chefferie (de laquelle le gagnant, Don Alfredo y don Pablo y Rodriguezzz, n’a pu jouir que le temps d’ajouter des couches de fiente à son costume pourtant déjà bien enduit), les libéraux, au lieu de profiter de cette trop courte accalmie, se sont empressés de se rappeler, eux et leurs pratiques faisandées, au bon souvenir des électeurs. Et en grande pompe, s’il vous plaît. Habile, déjà…

    Ça, c’est pour le fond. Mais la forme…

    Conférence de presse du chef-trouvé-dans-la-panique, Charles Milliard, se voulant vibrant de l’indignation des vierges offensées. Pantalonnade jouée par Tartuffe, texte lu avec son doigt.

    Mais la palme de la bouffonnerie revient à Monsieur Intérim Permanent, l’automatique deuxième de service, le fido Marc Tanguay, dans son vieux rôle d’ombre du chef, chargé de renforcer le message — tout en se taisant.

    Choix qui s’impose : il est impayable dans ce rôle muet, soulignant chaque phrase, presque chaque mot de son maître, d’une expression faciale correspondante. Car il s’agit de faire preuve d’unité. Or, le mot d’ordre ici est indignation, colère, assurance, fermeté. Toutes attitudes qu’un mime sait exprimer en silence. Mais les Marc-eau ne courent pas les rues. On prendra Guignol.

    Donc, faire écho à tout ce que le chef dit, un peu à la manière des interprètes pour sourds-muets. Encore faut-il maîtriser ce langage. Sinon, on verse dans les gesticulations, les grimaces et les simagrées. Ce que n’a pas manqué de faire notre Tanguy à nous, jamais éclos lui non plus.

    C’est ainsi qu’on a eu droit à une imitation de la célèbre famille Shiller, oui papa !, avec leurs gestes hyper-énergiques, leurs mimiques cocasses et leur enthousiasme au sourire trop large pour être vrai. Sauf que eux, ils savaient qu’ils étaient risibles. C’était ça l’idée.

    Tandis que dans le cas qui nous occupe, il fallait faire montre d’indignation, de colère, etc. Et beurrer épais. Mais trop épais de colère, ça ne fait plus peur, même à ma petite soeur, ça devient juste ridicule. Et trop épais égale Marc Tanguay.

    Sourcils froncés, ou surélevés, gros yeux, paupières qui battent, baboune d’enfant buté, continuels hochements de tête, toute la gamme du langage corporatif — pardon : corporel — y passe.

    On a vu exactement le même numéro quand Tanguay, cette fois derrière Rodriguez, jouait sa prude outrée — exactement pour les mêmes raisons, d’ailleurs. C’est qu’il ne manque pas d’occasions de le pratiquer, ce rôle…

    Écoutez, vous le voyez bien, les mots me manquent. Aussi bien regarder la chose elle-même.

    Le clou survient après 1m25s (« Y’a toujours ben des limites. »), mais toute la performance mérite le détour. Deux minutes et demie de pur plaisir.

    Ainsi donc, pour faire oublier leurs déboires judiciaires, les libéraux offrent un rappel… inoubliable. La campagne va être longue.

  • Le mot en F

    Le PLQ — jamais très loin des woke — vient de nous offrir une nouvelle bouffonnerie inclusiviste. Deux pétitions, déposées à l’Assemblée nationale par la députée Jennifer Maccarone, de Ouestmont (le PSBGM appelle bien Rosemount une de ses institutions de la rue Beaubien), demandent la gratuité des produits menstruels dans les écoles du Québec. Rien de plus noble, généreux et vertueux que telle demande. Mais.

    Le libellé, au lieu de parler de femmes, mot très clair et simple, lui préfère « personnes ayant des menstruations », en obédience avec les absurdes et stupides dogmes inclusivistes des woke. Tout de suite, nombre de femmes (menstruées ou non) se sont levées, à bon droit outrées, estimant qu’une formulation pareille, occultant le désormais mot en F, tend à les invisibiliser.

    Faudrait savoir ce qu’ils veulent, les woke.

    Il n’y a pas si longtemps, une des plus vocales d’entre eux, Émilie Nicolas, défendait bec et ongles les délires grammaticaux de l’écriture inclusive, remède indispensable selon elle à l’invisibilisation des femmes infligée par la langue française, mesquinement masculiniste depuis des siècles.

    Bref, au nom de l’inattaquable cause de l’égalité des femmes, d’un côté on mutile la langue pour « dé-genrer » tout le vocabulaire, et de l’autre côté on efface le mot en F des dictionnaires. D’un côté on crie au complot masculiniste de l’invisibilisation des femmes, de l’autre, les mêmes taliban.e.s woke invisibilisent les femmes, par leur refus de les nommer en tant que telles. Et au nom de la même cause. Cohérence.

    Vite assiégés, les libéraux, dans un plaidoyer exposant toute la profondeur de leur maturité et de leur prometteur sens des responsabilités, ont rejeté la faute sur des étudiants du secondaire, rédacteurs de la pétition. Bel acte de bravoure, mon Charles…

    Mais, du même geste, ils révèlent sans le vouloir un autre aspect de la nocivité du wokisme, cette nouvelle religion dont, manifestement, on bourre désormais le crâne de nos élèves du secondaire — sinon du primaire, voire avant.

    C’était bien la peine de s’extirper de la Grande Noirceur.

  • La libarté selon André Pratte

    Alignés derrière André Pratte, maître à penser-petit de la secte libérale, les membres du caucus du PLQ viennent de pondre (je suis poli…) une pièce d’anthologie en matière de sophisme absurde.

    Derniers à reconnaître, et du bout des lèvres, la réalité du déclin du français au Québec, les libéraux prétendent maintenant vouloir se porter au secours de notre langue — pas gênés de revêtir de la sorte le costume du proverbial pompier pyromane. Leur analyse du problème ? : C’est la faute à la loi 96. (D’aucuns, parmi les plus ardents et sincères défenseurs du français au Québec, font le même constat, estimant que cette loi est insuffisante pour en enrayer le déclin.)

    Les libéraux ciblent donc la loi 96. Auraient-ils enfin compris ? Minute. Eux, ils trouvent qu’elle… va trop loin ! Raisonnement prattien classique : le français décline, c’est sûrement à cause de la loi 96, donc, abolissons-la. Tout va s’arranger tout seul.

    La digue ne suffit plus à contenir l’inondation, enlevons la digue. Gaahh.

    C’est à peine croyable qu’ils soient encore capables de pareilles ratiocinations. Pratte ne fait même plus l’effort d’essayer d’avoir l’air logique. On dit n’importe quoi et son contraire, et on s’en satisfait.

    Slogan : décréter quels cégeps les citoyens auront le droit de fréquenter, ça revient à dire quoi faire, à des adultes.

    Ben oui, Chose. En passant, toutes les lois disent aux adultes quoi faire. L’ex-sénateur serait-il devenu anarchiste ? Libarté !

    Mais non, juste une contradiction de plus. C’est ce qui arrive fatalement quand on cherche à berner en même temps des électorats aux aspirations opposées. Une ligne ici pour les nationalistes, une ligne contraire là pour les angryphones. Laquelle est sincère ? Aucune, évidemment.

  • Génocide tranquille

    Musique de Jacque Joly

    Comment faire disparaître un peuple sans tuer personne ? En l’avortant — puisque l’avortement n’est pas un meurtre.

    Pour avorter un peuple, il faut suivre la même logique que pour un individu : tant qu’il n’est pas conscient d’exister, c’est permis.

    Et pour empêcher un peuple de prendre conscience de son existence, il faut lui répéter inlassablement qu’il n’existe pas, qu’il ne le pourrait, et que de vouloir exister est la plus vile des propensions, la plus futile des velléités.

    Ainsi, entre la Nouvelle-France et le Canada post-national, la nation québécoise sera passée directement de l’aube au crépuscule. 

    Sans avoir vu le jour.

  • Halal

    Or donc, sous couvert de progrès économique, le Canada subventionne l’abattage halal (et kasher) pour accomoder ceux qui, par foi sincère (ou par jihad insidieuse) refusent de manger de la viande obtenue de manière non-barbare.

    Et il y a ce concept étrange d’hypothèque halal qui a déjà fait son nid.

    Ça ne fait certainement que commencer. Haroun Bouazzi, de Québec Solidaire, vient de remettre une couche à sa croisade vers l’hallalisation de l’Assemblée nationale(-ale). À mots couverts pour le moment.

    Force est donc de constater que le spectre politique gauche – droite n’est pas linéaire, il est circulaire. De telle sorte que les extrêmes, à première vue irréconciliables, finissent par se rejoindre objectivement.

    Ainsi, l’extrême-droite du fondamentalisme religieux et l’extrême-gauche du wokisme béatement inclusif aboutissent main dans la main à la promotion des pratiques halal. Cohérence…

    Quant aux Québécois plus modérés, toujours aussi inconstants politiquement (voir https://www.mb499.ca/2026/02/11/les-perils-du-suffrage-universel/), ils semblent maintenant (mars 2026) sur le point d’élire le parti libéral, lequel, si jamais, n’aura d’autre urgence que de détruire toutes les modestes et fragiles avancées des dernières années en matière de laïcité et de protection du français.

    Ainsi, ce peuple sera passé directement de l’aube au crépuscule, à une vitesse sans précédent dans l’Histoire (voir https://www.mb499.ca/2026/02/12/pronom-imprononcable/).

  • Pronom imprononçable

    Parlons un peu du mot en « N »… non, pas celui-là, un autre (il va bientôt manquer de lettres à l’alphabet pour occulter tous les mots voués au bannissement woke).

    Je parle du mot « nous ». Il est désormais très périlleux de l’employer dans une discussion politique — inclusion oblige. Celui qui s’aventure à le faire s’expose à sa classification sans appel dans des catégories telles que xénophobe, replié-sur-soi, intolérant, ségrégationniste, fasciste, raciste, etc ; étiquettes inamovibles et indélébiles destinées à l’exclure (!) à jamais de la Cité.

    (Détail amusant : le très regretté René Homier-Roy, esprit brillant et grand prêtre woke dans ses dernières décennies, et par là féroce pourfendeur de l’usage du « Nous » pour désigner les Québécois, n’en avait pas moins, dans une vie antérieure, fondé et dirigé une revue très québéco-centrée, qu’il a baptisée Nous… L’homme très écouté n’avait alors pas les mêmes pudeurs, faut croire. J’étais abonné à Nous. On y lisait Foglia, Bourgault, entre autres libres-parleurs).

    Passons.

    Or donc, pour un Québécois, dire « nous » serait la marque d’une intention de réserver cette appellation à un groupe restreint, couplée à une volonté d’exclusion de tous les autres résidents du Québec. Beau piège…

    Ainsi ce peuple, encore si peu sûr d’exister, se fait taper sur la tête à la moindre velléité de se définir — lui l’un des rares à ne l’avoir toujours pas fait. À l’origine Canadien (à bon droit), il a dû édulcorer ce titre devenu ambigü pour cause de conquête, et prendre celui de Canadien-français. Puis, subdivisions confédératives obligent, se départir à nouveau de son nom pour prendre celui de Québécois. Aboutissement apparemment logique, voire heureux, d’une laborieuse évolution. Mais voilà : il est ici le piège.

    Il y a deux définitions du terme « Québécois ». L’une simple (sinon sciemment simplificatrice), et l’autre plus circonscrite. Les deux sont absolument légitimes — ce qui n’arrange pas les choses.

    La définition simple : citoyens du Québec.

    L’autre définition : citoyens du Québec descendant des colons Français de la Nouvelle-France.

    Parmi ces derniers, ceux qui se permettent encore de dire « nous » pensent tout naturellement au deuxième groupe : le leur — c’est ce qu’on leur reproche. La seule définition acceptable aux yeux de leurs critiques est la première. Tous les citoyens n’ont-ils pas les mêmes droits ? À quoi rime une telle discrimination sémantique ?

    Soit. Mais, parlant de droits, celui de se définir, de s’identifier (attention, prochain mot en « i »…), n’est-il pas bien réel, légitime ? Je pense que oui.

    Si bien qu’au final, le Québécois « de souche » qui cherche à se définir, obligé déjà de changer de nom à tout virage du vent de l’histoire, doit en plus maintenant composer avec les restrictions du dogme inclusiviste, et, guetté par les sourcilleux ayatollahs de cette doctrine, trouver sa voie dans le peu d’espace que ça lui laisse.

    Baillonné dans la chambre-étau.

    Étouffement.

    Pourtant, ceux-là mêmes qui interdisent de prononcer le mot en « N » le pensent tout bas. Exemple : supposons un référendum (ou deux, ou trois…). Deux options, le oui et le non, deux camps nettement définis. Ceux du camp du oui appelleront « nous » l’ensemble des partisans de cette option, et « eux » les partisans du non. Et l’inverse est tout aussi vrai, et normal. Pareil pour des élections.

    Le clivage « nous – eux » est naturel, inévitable en société, sur toutes sortes de lignes de fracture. Faire stupidement semblant qu’il n’existe pas ne lui enlève rien de sa réalité.

    Mais les wokes croient fermement que bannir un mot éradique ce qu’il représente. Les apparences — seules notions à leur portée — leur suffisent.

    Qui les en blâmerait ? Ils sont en train de gagner la partie.

    L’avortement de l’embryon québécois est en bonne voie de se finaliser.

    Étouffé dans l’œuf.

  • Les périls du suffrage universel

    Que voici la vache sacrée des vaches sacrées, aboutissement mécaniquement logique de la démocratie, enfant de celle-ci et des bons sentiments, antidote aux injustices, panacée contre tous les maux sociaux, garantie de la contribution de tous les talents aux affaires publiques. N’en jetez plus !

    S’y opposer relèverait de la misogynie, du racisme, de l’esprit de caste, d’une propension à la tyrannie, à l’autocratie, bref, à l’autoritarisme, que celui-ci soit exercé dans l’ivresse du pouvoir absolu ou subi dans les délices de la soumission abjecte.

    Inattaquable concept, et honni soit qui mal y pense.

    Une merveilleuse chose, donc, que le suffrage universel. Mais a-t-il un prix ?

    Notons d’abord, avant de sacraliser ce concept, qu’il n’a pas de racines très profondes dans l’Histoire. Loin d’être descendu du Sinaï dans les mains de Moïse, ce n’est qu’à la toute fin du XVIIIe siècle qu’il commence à germer dans les esprits, et à s’appliquer, d’abord timidement. En effet, loin de satisfaire à sa définition moderne (reconnaissance du droit de vote à l’ensemble des citoyens en âge de voter), il s’agissait au début d’un privilège réservé sur le mode censitaire (citoyens payant un minimum d’impôts), ce qui avait pour effet d’exclure l’immense majorité de la population. Et n’oublions pas que, naturellement, le terme « citoyens » n’a commencé à s’appliquer aux femmes qu’au XXe siècle, à part quelques rares exceptions un peu plus anciennes. Déjà…

    Maintenant, examinons ce concept dans son essence. Sous son aveuglante vertu, en quoi consiste-t-il ?

    Et d’abord, qu’est-ce que le droit de vote ? Il s’agit d’octroyer à un individu l’opportunité de participer à une décision collective, celle de choisir les dirigeants des divers corps d’État, président, premier ministre, député, maire, représentant local, etc. Décision importante, d’autant plus lourde de conséquences à mesure qu’elle s’applique à des niveaux plus élevés. Et généralement irréversible au moins pour quelques années. Il s’agit donc de voter en connaissance de cause, autant que possible.

    Un mauvais choix (oui, une majorité peut se fourvoyer, et peut-être même plus souvent que d’avoir raison), un mauvais choix et les choses peuvent très mal tourner. Exemples ?

    En France, la toute première élection au « vrai » suffrage universel (cens aboli mais femmes exclues), en 1848, a porté au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, médiocre personnage neveu d’un très grand nom, lequel patronyme, seule qualité (à part son ambition sans scrupules), a suffi à lui valoir une écrasante majorité. Dans son cas, c’est à lui que le suffrage universel a été utile, pas au peuple. Jugeons-en : au terme de son mandat, en principe unique, un coup d’État lui a permis de passer outre à la règle de non-rééligibilité, et de demeurer au pouvoir. Un an après, appuyé à nouveau sur le suffrage universel, il se pare du titre d’empereur, et le demeure presque 20 ans — sans élections désormais. Bravo la démocratie jetable !

    Avançons au siècle suivant, en Allemagne. 1934 : Hitler est plébiscité au suffrage universel. Faut-il développer ?

    Arrivons au XXIe siècle, États-Unis d’Amérique. Le plus invraisemblable candidat qu’on puisse concevoir, Trump, est élu en bonne et due forme président, et deux fois plutôt qu’une, intervalle au cours duquel il a pourtant eu amplement l’occasion d’exposer sa dépravation. En développement…

    Ces cas sont sans doute les plus graves, mais pas les seuls. Combien de personnages improbables ont été portés au pouvoir pour les plus mauvaises raisons, avec des conséquences néfastes ? Et grâce à quoi ? Au sacro-saint suffrage universel.

    Il y a donc bel et bien un prix à payer pour ce trésor. Pousser les hauts-cris ne changera pas cette réalité.

    Les plus avisés me reprocheront de préconiser plutôt le suffrage capacitaire. En deux mots, le suffrage capacitaire a pour but de réserver le droit de vote à ceux qui comprennent les enjeux en cause. Ça s’est déjà fait, mais fort peu, et de manière assez imparfaite — sinon pire. La difficulté réside dans la méthode pour arriver à déterminer ladite capacité. Certains ont procédé par le biais des diplômes détenus, d’autres sur une évaluation de l’alphabétisation, sur la profession exercée, d’autres encore sur l’aptitude à comprendre la constitution ou les lois, etc. Grand risque d’arbitraire ici, évidemment. Et puis, à qui conférer le pouvoir de faire le tri ?

    Le plus mauvais exemple qui saute tout de suite aux yeux est celui des États-Unis des années 1950-60, où l’application d’une approche de ce type avait pour résultat d’exclure la plupart des Noirs — et ce n’était pas par accident : la preuve en est qu’une clause exemptait les analphabètes dont le père ou le grand-père avaient voté — clause dont ne pouvait bénéficier aucun Noir illettré, de facto, n’ayant pas d’ascendants ayant pu voter. Cette situation inique autant que cynique est d’ailleurs le principal argument de ceux que l’approche dite capacitaire révulse.

    J’entends. Mais quand on interroge ces inconditionnels de la vertu sur la définition de suffrage universel (reconnaissance du droit de vote à l’ensemble des citoyens en âge de voter), on constate qu’ils ne se rendent même pas compte du fait qu’il s’agit là-aussi d’une forme de suffrage capacitaire, celle-ci basée sur l’âge. Limite tout à fait arbitraire et discrimatoire (les différents seuils les plus communs sont (ou ont été) de 16, 18, 21 ou 25 ans). La seule force de cette approche, c’est la grande facillité de son application : une carte d’identité et le tour est joué. Bien sûr, un enfant de quatre ans ne devrait pas avoir le droit de vote. Mais nous connaissons tous des jeunes de 17 ans qui sont immensément plus avisés en matière de politique que d’autres personnes — nous les connaissons aussi — qui ont le triple ou le quadruple de cet âge, et davantage. Et, à l’autre extrémité de la vie, quand une vénérable personne ne sait même plus son nom ?

    Hauts-cris encore.

    Mais, à la fin, il faut bien ouvrir les yeux. La facillité d’application d’un système est bien le pire argument pour le maintenir. Et surtout, cela ne doit en aucun cas fermer la porte à toute réflexion.

    Car de quoi s’agit-il ici ? À quoi servent les élections ? À donner à tel ou tel individu l’inaliénable satisfaction d’exprimer son opinion, ou plutôt à placer des personnes compétentes aux postes de direction ? Il ne faut pas confondre le moyen et ses modalités, avec le but de l’exercice.

    Le médecin a pour fonction de soigner. L’enseignante a pour fonction d’instruire. Le pilote de ligne a pour fonction de mener à bon port un avion rempli de passagers. Le plombier a pour fonction d’installer et de réparer la plomberie, et l’électricienne, le système électrique. Pour toutes ces fonctions, on exige, à raison, des preuves de compétences.

    Un électeur a pour fonction de nommer les dirigeants de son pays. C’est important, ça aussi. Est-ce un sacrilège que d’exiger qu’il en ait la compétence ? Est-ce abusif que de souhaiter qu’il comprenne ce qu’il fait ?

    Je me souviendrai toujours de ce bonhomme, interrogé sur la rue par un journaliste, qui, à la question À combien pensez-vous que s’élève la facture annuelle d’électricité de la Ville de Montréal pour l’ensemble des lampadaires le long des rues ?, avait répondu… 1 500 $. Ce type a le droit inviolable de voter contre un maire sortant, « à cause de ses dépenses excessives ». Et comment ne pas penser aux imbéciles et/ou ignares exposés par Guy Nantel, tant et tant de fois ? Tous citoyens en règle.

    Si, exemple hypothétique cette fois, le suffrage capacitaire basé sur l’instruction avait été la règle aux États-Unis, jamais Trump n’aurait été élu. Même pas proche. On aurait eu Hillary, Kamala. Des femmes, déjà. Peut-être pas des Lincoln 2.0, mais franchement, en comparaison de l’autre dangereux dément, qui n’a eu qu’à exciter les plus bas instincts de la populace — lesquels d’ailleurs sont aussi les siens… Les États-Unis sont devenus une ochlocratie.

    Le droit de vote est considéré et traité comme un droit individuel. Détournement. Le vote est un exercice collectif, pas au bénéfice des individus, mais au service de la société. Il faut donc faire en sorte que ça soit la société qui en profite, et non pas des individus.

    Dit autrement, voter n’est pas un droit, c’est une fonction. Dans un autobus, seul le chauffeur qualifié, pas l’ensemble des passagers, peut s’installer au volant. Ce n’est pas un jeu, c’est sérieux.

    Il faut distinguer les outils des jouets. Et, par conséquent, séparer les adultes des grands enfants.

    Comment, en pratique ? Je ne sais toujours pas. C’est le dilemme de Churchill, qui disait : La démocratie est le pire des systèmes — à l’exclusion de tous les autres.

    Mais qu’il ne soit pas interdit de réfléchir.

  • De « l’inutilité » du Bloc québécois.

    Il est de bon ton chez maints fédéralistes ultras de qualifier le Bloc Québécois d’inutile. Ce mot leur saute aux lèvres dès qu’ils en parlent, et les plus indigents parmi eux en ont même fait un slogan, un mantra, une litanie.

    Ça leur est devenu un automatisme. Or, la caractéristique d’un automatisme est de ne jamais être questionné par ceux qui en sont affectés. Pathologie.

    Grave atrophie du sens critique.

    Essayons de pallier.

    Inutile. Pourquoi inutile ? Par opposition à «utile», je suppose. Qu’est-ce qui empêche le Bloc d’être utile ? Vous dites ? Le pouvoir ? Ah, le pouvoir. Le Bloc Québécois ne peut pas accéder au pouvoir, donc il est inutile. C’est simple, non ?

    Non. C’est simpliste, plutôt — mais certains fédéralistes n’en sont pas à leurs premières armes en fait de simplisme… ou de sophismes.

    Il y a là-dedans deux pseudo-évidences implicites : avoir comme représentants des députés du parti au pouvoir est utile, et rien d’autre n’est utile.

    Je soupçonne ceux qui «raisonnent» de la sorte de ne comprendre qu’une seule chose de la politique : ou bien on a gnagné, gna gna gna, ou bien on n’a pas gnagné. En ce sens stupidement restreint, seul le pouvoir, en effet, peut être utile — à une certaine satisfaction. La politique, les affaires publiques, pour ceux-là, se résument à cette dichotomie archi-primaire. Une fois le vote compté, plus rien ne compte. Les gnagnants célèbrent, les perdants se morfondent.

    Mais pour les autres, les adultes politiques, il y a lieu d’examiner la question de façon moins infantile.

    Baigner dans la certitude qu’avoir une majorité de pantins d’arrière-ban au «pouvoir» promet la manne, c’est faire preuve de myopie politique. L’observation des faits, depuis des décennies, suffit amplement à démontrer que les grasses majorités produisent exactement l’effet contraire. Il faut donc être, soit très mal avisé — on en connaît — soit de mauvaise foi crasse — on reconnaît Mulcair — pour en venir à cette conclusion, et, qui plus est, l’ériger en certitude hors de tout doute.

    Car, qu’a retiré de bon le Québec de toutes les majorités qu’il a accordées aux libéraux à Ottawa ? La loi des mesures de guerre ? Les magouilles référendaires de 1980 et 1995 ? Les exactions de la Arcee Empee ? La Constitution de 1982, imposée sans son accord ? (Cette Constitution fondée sur « La reconnaissance de la suprématie de Dieu », oui monsieur…)

    Ou peut-être la doctrine multiculturaliste des Trudeau père et fils, découlant de cette même Constitution gardée par des juges, et contraire aux aspirations morales, laïques, linguistiques et identitaires de la nation québécoise, et qui, combinée à une politique immigratoire effrénée, met en danger la survivance même de cette nation ?

    Ce ne sont là que quelques exemples des précieux  « bénéfices » qu’a retirés le Québec des majorités offertes au PLC. Ce parti, d’ailleurs, a toujours très bien compris qu’il n’est pas nécessaire de renvoyer l’ascenseur à une province qu’il a déjà dans sa poche. Mieux vaut travailler les régions moins sûres — comme l’Ontario. Et il s’en trouve pour considérer cela, non seulement comme utile, non seulement comme nécessaire, mais surtout comme la garantie indispensable de ne pas « tomber dans l’opposition », grand malheur s’il en est.

    Parce que l’opposition, à quoi ça sert ?

    Bon.

    Donner à un parti au pouvoir (et particulièrement aux libéraux) l’opportunité de gouverner sans partage, sans entraves, voire sans critiques, c’est ouvrir la porte à tous les abus, à toutes les errances, aux pires folies. Une opposition forte et avisée peut pallier ce péril. Et, mieux encore, si cette opposition est assez nombreuse pour placer le gouvernement en minorité, alors fini les poussées d’autoritarisme. Obligé de composer, de négocier, il ne peut plus se permettre autant d’excès.

    Ajoutons maintenant que si cette forte opposition est composée en grande partie par des députés du Bloc, voués par définition à la défense des intérêts du Québec, on ne peut naturellement qu’en attendre les plus grands bienfaits.

    Mais allez dire ça à ceux qui ne comprennent du mot « démocratie » que le nom d’un sport comme un autre : pourvu qu’on gnagne, gna gna gna — et en trichant c’est encore mieux. Quant aux perdants, eux et leurs valeurs, ils ne méritent que le plus méprisable des sorts : l’opposition, ce club de perdants inutiles.

    En être encore là, 2 500 ans après Platon…

    Sauf que nos bouffons de service ne sont pas des penseurs, même rudimentaires. Ils ont appris par coeur quelques tours — tournures — faciles, qu’ils répètent depuis par réflexe, automatiquement, ad nauseam, et cela leur suffit — puisque suffisants.

    Mais encore.

    Si l’indépendance du Québec devait ne jamais se faire, si notre peuple devait s’estomper petit à petit dans ce Canada de plus en plus incompatible, voire hostile, le Bloc québécois aura cette ultime utilité de ne pas leur permettre de nous oublier si vite.

    Ne serait-ce que pour cela…