Étiquette : woke

  • Le mot en F

    Le PLQ — jamais très loin des woke — vient de nous offrir une nouvelle bouffonnerie inclusiviste. Deux pétitions, déposées à l’Assemblée nationale par la députée Jennifer Maccarone, de Ouestmont (le PSBGM appelle bien Rosemount une de ses institutions de la rue Beaubien), demandent la gratuité des produits menstruels dans les écoles du Québec. Rien de plus noble, généreux et vertueux que telle demande. Mais.

    Le libellé, au lieu de parler de femmes, mot très clair et simple, lui préfère « personnes ayant des menstruations », en obédience avec les absurdes et stupides dogmes inclusivistes des woke. Tout de suite, nombre de femmes (menstruées ou non) se sont levées, à bon droit outrées, estimant qu’une formulation pareille, occultant le désormais mot en F, tend à les invisibiliser.

    Faudrait savoir ce qu’ils veulent, les woke.

    Il n’y a pas si longtemps, une des plus vocales d’entre eux, Émilie Nicolas, défendait bec et ongles les délires grammaticaux de l’écriture inclusive, remède indispensable selon elle à l’invisibilisation des femmes infligée par la langue française, mesquinement masculiniste depuis des siècles.

    Bref, au nom de l’inattaquable cause de l’égalité des femmes, d’un côté on mutile la langue pour « dé-genrer » tout le vocabulaire, et de l’autre côté on efface le mot en F des dictionnaires. D’un côté on crie au complot masculiniste de l’invisibilisation des femmes, de l’autre, les mêmes taliban.e.s woke invisibilisent les femmes, par leur refus de les nommer en tant que telles. Et au nom de la même cause. Cohérence.

    Vite assiégés, les libéraux, dans un plaidoyer exposant toute la profondeur de leur maturité et de leur prometteur sens des responsabilités, ont rejeté la faute sur des étudiants du secondaire, rédacteurs de la pétition. Bel acte de bravoure, mon Charles…

    Mais, du même geste, ils révèlent sans le vouloir un autre aspect de la nocivité du wokisme, cette nouvelle religion dont, manifestement, on bourre désormais le crâne de nos élèves du secondaire — sinon du primaire, voire avant.

    C’était bien la peine de s’extirper de la Grande Noirceur.

  • Wolfgang-Amadeus Girard

    Non, quand même pas. Ses parents, se gardant une petite gêne, lui ont, plus discrètement, juste donné pour prénom Jean-Sébastien. No pressure

    Lui accrocher au cou un écriteau gravé sur une dalle de marbre d’une tonne, il ne pourra pas leur reprocher d’avoir manqué de confiance. À lui d’être à la hauteur. Simplement.

    Je l’avoue, je le fréquente fort peu. C’est que, il se ressemble tellement… Regardez le mot fatuité dans le dictionnaire, ils ont mis sa photo.

    ***

    Avec un prénom pareil, on pourrait imaginer qu’il serait devenu fin connaisseur en musique. Il a justement eu une belle occasion de le montrer lors du passage du réjouissant duo Angine de Poitrine à l’émission Tout le Monde en parle, où il officie en tant que fou du roi — fonction qu’il faudrait rebaptiser imbécile du roi, ici. Déjà, avec l’autre, MC Gilles…

    Arrivent nos deux musiciens outrageux. Visuellement, combinez Kiss, Genesis et ZZ Top, et vous obtiendrez une sage et pâle image en regard de ce qu’affichent Angine de Poitrine. Musicalement, par contre, tout en manifestant une imagination non moins délirante, ils offrent une prestation absolument sérieuse, brillante, tant du point de vue composition qu’exécution. Et festive avec ça. On n’a pas affaire à un gadget creux, loin s’en faut. Qui parlait de Bach, donc, déjà ?

    Ah oui, Jean-Sébastien…

    Vers la 4e minute de l’entrevue, notre grand génie a enfin trouvé l’angle d’une intervention qui se veut baveuse, c’est sa job — grassement payée. Il demande, laborieusement, quelle est la part, dans leur succès, de la curiosité suscitée par l’anonymat intraitable des deux musiciens. Il doit reformuler quatre fois, dont la dernière alors que le gérant du groupe a déjà amorcé sa réponse — et désamorcé la question hyper-prévisible, du même coup.

    On repassera pour le punch. Guy A. a dû scrapper une de ses cartes.

    On ne doit pas grand chose au mystère, a répondu le gérant, car la proposition musicale est très claire.

    La question qui tue a tué celui qui l’a posée. Il retombe dans les limbes pour n’en émerger que 5 minutes plus tard, alors qu’on parle du travail inspiré et soutenu de l’équipe entourant Angine de Poitrine, dans le contexte des développements très rapides qui s’enchaînent. L’autre se parachute là-dedans avec sa sous-question revanche longuement ruminée, comme si rien ne s’était passé entretemps. (C’est le propre des limbes).

    Verbatim :

    Les voisins vont s’en douter j’imagine, quand y vont voir des nouveaux chars pis trois piscines creusées autour, que c’est eux probablement…

    Cinq minutes pour pondre cette trouvaille – en retard de cinq minutes. Oublions la syntaxe bancale, voyons la substance.

    « Les voisins vont s’en douter… »

    Se douter de quoi ? de leur identité, ce dont on parlait il y a cinq longues minutes, fondement de sa question ratée, à laquelle il est resté tout ce temps collé, obnubilé au point d’enchaîner comme s’il continuait sa dernière phrase, enterrée de longtemps.

    « Les nouveaux chars, les trois piscines creusées ».

    Images et fantasmes typiques d’un parfait beauf. Projection envieuse. Niveau taverne. L’expression « tirer vers le bas » n’a pas été inventée pour rien…

    C’est ce qu’on appelle rafraîchir une formule rancie ? La réchauffer, oui.

    Le gérant n’a eu qu’à répondre, placide « C’est mal les connaître ».

    Celui qu’on connaît un peu mieux, maintenant, par contre…

    ***

    Une autre fois, il a voulu s’en prendre, du creux de ses douillettes certitudes de gogauche, à Mathieu Bock-Côté.

    Ç’aurait été le temps d’afficher un avertissement « Ce programme contient des scènes de violence particulièrement difficiles ».

    Le verbo-moteur attitré de la droite, à qui, qu’on le déteste ou pas, on ne pouvait reprocher de ne pas s’être préparé (au rebours de l’autre, toujours pris de court), lui en a crissé toute une.

    L’inepte a voulu prendre MBC par surprise et en contradiction en invoquant René Lévesque. L’autre, qui semblait avoir lu son jeu avant même de s’asseoir, lui a instantanément servi mot à mot une citation du même grand homme, détricotant totalement l’attaque. Ce fut la dernière, hormis quelques insoutenables hoquets et gargouillements d’agonie. Guy A. Lepage a tenté de sauver son imbécile du roi : trop tard, il n’en restait que débris épars. Il aurait fallu une pelle.

    J’ai eu des images du chien qui a couru après un camion qui passait, et qui l’a attrapé par un pneu. Ou de cet autre qui a attaqué une souffleuse de la ville. C’est là que j’ai découvert que j’avais, bien caché au fond de mes tripes, un petit côté sadique.

    Merci, Wolfgang-Amadeus Girard, tu m’as fait faire l’épargne d’une consultation.

  • Halal

    Or donc, sous couvert de progrès économique, le Canada subventionne l’abattage halal (et kasher) pour accomoder ceux qui, par foi sincère (ou par jihad insidieuse) refusent de manger de la viande obtenue de manière non-barbare.

    Et il y a ce concept étrange d’hypothèque halal qui a déjà fait son nid.

    Ça ne fait certainement que commencer. Haroun Bouazzi, de Québec Solidaire, vient de remettre une couche à sa croisade vers l’hallalisation de l’Assemblée nationale(-ale). À mots couverts pour le moment.

    Force est donc de constater que le spectre politique gauche – droite n’est pas linéaire, il est circulaire. De telle sorte que les extrêmes, à première vue irréconciliables, finissent par se rejoindre objectivement.

    Ainsi, l’extrême-droite du fondamentalisme religieux et l’extrême-gauche du wokisme béatement inclusif aboutissent main dans la main à la promotion des pratiques halal. Cohérence…

    Quant aux Québécois plus modérés, toujours aussi inconstants politiquement (voir https://www.mb499.ca/2026/02/11/les-perils-du-suffrage-universel/), ils semblent maintenant (mars 2026) sur le point d’élire le parti libéral, lequel, si jamais, n’aura d’autre urgence que de détruire toutes les modestes et fragiles avancées des dernières années en matière de laïcité et de protection du français.

    Ainsi, ce peuple sera passé directement de l’aube au crépuscule, à une vitesse sans précédent dans l’Histoire (voir https://www.mb499.ca/2026/02/12/pronom-imprononcable/).

  • Pronom imprononçable

    Parlons un peu du mot en « N »… non, pas celui-là, un autre (il va bientôt manquer de lettres à l’alphabet pour occulter tous les mots voués au bannissement woke).

    Je parle du mot « nous ». Il est désormais très périlleux de l’employer dans une discussion politique — inclusion oblige. Celui qui s’aventure à le faire s’expose à sa classification sans appel dans des catégories telles que xénophobe, replié-sur-soi, intolérant, ségrégationniste, fasciste, raciste, etc ; étiquettes inamovibles et indélébiles destinées à l’exclure (!) à jamais de la Cité.

    (Détail amusant : le très regretté René Homier-Roy, esprit brillant et grand prêtre woke dans ses dernières décennies, et par là féroce pourfendeur de l’usage du « Nous » pour désigner les Québécois, n’en avait pas moins, dans une vie antérieure, fondé et dirigé une revue très québéco-centrée, qu’il a baptisée Nous… L’homme très écouté n’avait alors pas les mêmes pudeurs, faut croire. J’étais abonné à Nous. On y lisait Foglia, Bourgault, entre autres libres-parleurs).

    Passons.

    Or donc, pour un Québécois, dire « nous » serait la marque d’une intention de réserver cette appellation à un groupe restreint, couplée à une volonté d’exclusion de tous les autres résidents du Québec. Beau piège…

    Ainsi ce peuple, encore si peu sûr d’exister, se fait taper sur la tête à la moindre velléité de se définir — lui l’un des rares à ne l’avoir toujours pas fait. À l’origine Canadien (à bon droit), il a dû édulcorer ce titre devenu ambigü pour cause de conquête, et prendre celui de Canadien-français. Puis, subdivisions confédératives obligent, se départir à nouveau de son nom pour prendre celui de Québécois. Aboutissement apparemment logique, voire heureux, d’une laborieuse évolution. Mais voilà : il est ici le piège.

    Il y a deux définitions du terme « Québécois ». L’une simple (sinon sciemment simplificatrice), et l’autre plus circonscrite. Les deux sont absolument légitimes — ce qui n’arrange pas les choses.

    La définition simple : citoyens du Québec.

    L’autre définition : citoyens du Québec descendant des colons Français de la Nouvelle-France.

    Parmi ces derniers, ceux qui se permettent encore de dire « nous » pensent tout naturellement au deuxième groupe : le leur — c’est ce qu’on leur reproche. La seule définition acceptable aux yeux de leurs critiques est la première. Tous les citoyens n’ont-ils pas les mêmes droits ? À quoi rime une telle discrimination sémantique ?

    Soit. Mais, parlant de droits, celui de se définir, de s’identifier (attention, prochain mot en « i »…), n’est-il pas bien réel, légitime ? Je pense que oui.

    Si bien qu’au final, le Québécois « de souche » qui cherche à se définir, obligé déjà de changer de nom à tout virage du vent de l’histoire, doit en plus maintenant composer avec les restrictions du dogme inclusiviste, et, guetté par les sourcilleux ayatollahs de cette doctrine, trouver sa voie dans le peu d’espace que ça lui laisse.

    Baillonné dans la chambre-étau.

    Étouffement.

    Pourtant, ceux-là mêmes qui interdisent de prononcer le mot en « N » le pensent tout bas. Exemple : supposons un référendum (ou deux, ou trois…). Deux options, le oui et le non, deux camps nettement définis. Ceux du camp du oui appelleront « nous » l’ensemble des partisans de cette option, et « eux » les partisans du non. Et l’inverse est tout aussi vrai, et normal. Pareil pour des élections.

    Le clivage « nous – eux » est naturel, inévitable en société, sur toutes sortes de lignes de fracture. Faire stupidement semblant qu’il n’existe pas ne lui enlève rien de sa réalité.

    Mais les wokes croient fermement que bannir un mot éradique ce qu’il représente. Les apparences — seules notions à leur portée — leur suffisent.

    Qui les en blâmerait ? Ils sont en train de gagner la partie.

    L’avortement de l’embryon québécois est en bonne voie de se finaliser.

    Étouffé dans l’œuf.

  • Écriture inclusive selon Émilie Nicolas

    (Ce texte se veut une réponse aux propos de madame Émilie Nicolas, chef de file des wokes, tenus le 24 septembre 2025, dans le cadre d’un panel à l’émission En direct avec Patrice Roy, à Radio-Canada, et portant sur la décision du Gouvernement du Québec de bannir l’écriture inclusive des communications gouvermementales et para-gouvernementales. Segment débutant à la 16e minute).

    ***

    D’entrée de jeu, madame Nicolas étale sa connaissance de l’histoire de la langue française (lire : notre ignorance de la chose). La leçon commence par le rappel du fait que le pronom indéfini « on » a toujours existé. Il faudrait croire, selon elle, que c’est la preuve que le français était, à l’origine, foncièrement épicène, et que ce n’est qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles que l’Académie française a pris la décision « idéologique » de « genrer » notre langue. Ouf ! Par où commencer ?

    Peut-être par faire observer que l’existence du  « on » ne s’explique pas par un quelconque souci tout gentil de faire épicène, « non-genré », mais par le besoin d’un pronom indéfini quand le sujet qu’il désigne est, justement, non précisé. Procès d’intentions — vertueuses ici, mais néanmoins fausses. En passant, les phrases avec pronom indéfini s’accordent toujours au masculin. Hè…

    Mais le plus fou est cette affirmation à l’effet que le français a été rendu « genré » par les méchants masculinistes de l’Académie française, autour de 1700, dans le but, idéologique comme chacun sait, d’effacer la Femme du paysage. Gynocide, rien de moins. Procès d’intentions, on disait ? (Elle répondait de la sorte à Christian Dufour, qui venait de qualifier d’idéologie la notion d’écriture inclusive. Le bon vieux « Celui qui le dit c’est lui qui l’est » de nos cours d’école. Pas fort.)

    Les archives de l’histoire de la langue que madame Nicolas voudrait nous enseigner contiennent-elles des pièces permettant d’étayer une aussi grave accusation ? Certainement pas, puisque le « crime » n’a jamais été commis. En effet, l’histoire — la vraie — de la langue française montre bien que celle-ci était « genrée » au moins dès les années 1100, date de l’écriture de la célèbre Chanson de Roland, poème apologétique très « genré » que connaît tout premier venu ayant ouvert le moindre fascicule d’histoire de la langue française, et qui relate les mésaventures de Charlemagne en Espagne, lui et son féal comte Roland.

    Et puisqu’on parle de Charlemagne, parlons donc des Serments de Strasbourg, qu’ont prêtés ses petits-fils, en 843, pour se partager l’empire disloqué de leur aïeul, et qui ont été rédigés en tudesque (langue des peuples de l’est de l’empire, et qui deviendra l’allemand) et en roman (langue des peuples de l’ouest, qui deviendra le français). Notre petit amateur d’histoire de tout à l’heure, s’il ne sait qu’une chose, c’est que ce texte est reconnu comme le tout premier écrit en langue française — ou romane si on y tient. Et devinez quoi : le roman était déjà « genré ».

    Est-il nécessaire de rappeler, en plus, que français et roman, ainsi, du reste, qu’italien, espagnol et roumain, bref toutes les langues latines, sont issues du… latin, absolument « genré » lui aussi ? Le « complot » remonte à loin, bien avant Richelieu… Mais le complotisme se passe très bien de chronologie et de cohérence. C’est d’ailleurs une condition indispensable à la persistance de ses théories.

    Passons au sophisme woke suivant.

    « La langue est vivante et elle évolue avec la société. Quand la société évolue, la langue évolue avec. ».

    Le mot magique est lâché : évolution. Tout ce qui s’en réclame devient par définition inattaquable. Et ceux qui questionnent, de vils réactionnaires. C’est très commode — mais un peu court. Premièrement, tout changement, toute évolution, n‘est pas nécessairement progrès. L’érosion, la dégradation, le pourrissement, sont aussi des formes d’évolution. Il faut donc juger au cas-par-cas.

    Mais surtout, de quelle évolution parle-t-on ici ? Le peuple, profondément « genré » depuis des millénaires, aurait, en l’espace d’une ou deux décennies, spontanément et de concert, « évolué », au point de devoir mutiler sa langue pour qu’elle reflète cette évolution-éclair ? Allons.

    Ça a toujours été le fantasme des idéologues de vouloir faire « évoluer » les sociétés vers ce qu’ils considèrent comme le bien, et ce, instantanément, rien qu’à l’énoncé de leurs doctrines. Or, ça n’arrive jamais. Mais que leur importe ? Impuissants à faire tourner la Terre dans l’autre sens, ils se paient au moins la satisfaction de parler comme si — et voudraient imposer leur novlangue aux masses, mettant ainsi, littéralement, la charrue devant les bœufs, et les lunettes roses devant les yeux.

    Songeons seulement aux risibles tentatives de la première Révolution française d’imposer un nouveau calendrier sorti de nulle part — encore cette manie des idéologues de baptiser, à défaut de la faire advenir concrètement, une réalité que seules leurs lubies discernent. C’est ainsi que les Frimaire, Pluviôse et autres Décadi sont repartis aussi vite qu’ils étaient apparus, et n’ont guère connu d’existence en dehors des actes officiels de l’éphémère Convention. Le bon peuple ? il en riait. Et il a eu le dernier mot. Signe.

    Bref, les langues, comme les sociétés, évoluent lentement, et non pas à coups de pied au cul, donnés par des idéologues impatients de voir le monde transformé selon leur idéal, de leur vivant. Rappelons que Moïse n’a jamais vu la Terre Promise, ni Marx le Grand Soir, ni Voltaire ou Rousseau la République. Patience, donc. On ne tire pas sur une fleur pour la faire pousser plus vite. Et cette sagesse nous évite de se jeter tête baissée dans toutes les modes fofolles qui passent. Et a l’avantage de filtrer les dérives délirantes.

    Puis…

    Multipliant les mimiques d’une personne supérieure exaspérée et navrée par les inepties de ses congénères, madame Nicolas se plaint ensuite que les détracteurs de l’écriture inclusive se servent toujours des exemples les plus lourds (imposés par cette doctrine), afin de la caricaturer. Bon. Je cherche encore des exemples qui ne soient pas lourds, voire caricaturaux.

    Mais qui donc les a créés, ces exemples ? Ici, madame Nicolas, qui les préconise — et en qualifie elle-même certains de lourds et prêtant flanc à la caricature — a sur ce point une accusation à porter : si ridicule il y a, ce n’est pas la faute des auteurs de cette dérive, mais la faute de ceux qui la dénoncent ! La bonne foi n’aura pas fait long-feu… Avec une éthique pareille, tactique d’idéologues où les contraires se confondent, ils ne peuvent que toujours se donner raison.

    Ne reste alors qu’à identifier le vilain utile, ici les personnes conservatrices, que Legault essaie de rameuter à des fins électoralistes (autre procès d’intentions). C’est oublier trop vite que, pour rallier la population dans un désamour de l’écriture inclusive, il n’y a pas grand effort à faire… En effet, malgré les prétentions de madame Nicolas, on n’est pas rendus là. Et c’est pas demain la veille… du grand soir.

    Ainsi donc, l’écriture inclusive ne ferait qu’essayer généreusement de refléter la société. De rendre à nouveau visible cette moitié de la population machiavéliquement invisibilisée depuis 300 ans (en fait, 3 000, on l’a vu). Posture apparemment inattaquable.

    Encore faut-il démontrer que cette invisibilisation s’est réellement produite. Mettons que l’on a mis beaucoup de temps à s’en scandaliser… En fait, les femmes — certaines femmes — n’ont senti l’injustice que quand des idéologues les ont persuadées qu’il en existait une, et qu’elles en étaient les victimes. L’affaire de quelques années. Les autres — l’immense majorité — ont toujours très bien compris qu’elles n’avaient pas à « prendre personnel » les nécessaires aménagements grammaticaux sans lesquels une langue touffue comme la nôtre ne survit pas.

    Sauf que notre woke préférée n’a pas pu s’empêcher d’ajouter, au nombre des multitudes ainsi ignoblement invisibilisées, les personnes « non-binaires ».

    Entrevoit-on bien ce que cela signifie ? La porte s’ouvre à l’inclusion, dans la grammaire, de toutes les altérations nécessaires pour re-visibiliser toutes les catégories de personnes qui ne cochent ni F ni M dans les formulaires, au gré de leurs ressentis volatiles — et qui forment moins de 0,1 % de la population (mais on recrute activement, ceci dit ; ou plutôt, on endoctrine). Ce n’est qu’un début, continuons le combat, dit le mantra du militantisme.

    Parlant de mantra militant, quand madame Josée Legault, présente à ce panel, est venue à son tour dire que le néologisme « iel » avait été inclus dans le Robert (2021), on a pu entendre un triomphant « Voilà ! » de madame Nicolas. Une noyée s’accrocherait à un cure-dents, comprenons-la. Mais on ne peut, par ailleurs, laisser passer cette auto-proclamation de victoire (Trump nous en a assez truffés).

    Rappelons donc que le Robert n’est pas un ouvrage de référence, contrairement au Larousse, par exemple. Notre férue de langue devrait savoir ça. Quant au Larousse, non seulement s’est-il refusé à inclure ce barbarisme, mais encore, avec véhémence, allant jusqu’à dire que cette tendance menaçait l’existence même du français. Excusez du peu. Un dictionnaire, rappellent les linguistes, n’a pas à consacrer des termes issus du militantisme, passagers par nature, tant qu’ils ne sont pas passés dans les mœurs, et attestés massivement, et sur une longue période. On est très loin du compte, malgré les illusions des wokes, qui voudraient que chacun de leurs rêves se matérialise dès qu’ils sautent du lit. Tollé également un peu partout dans la francophonie savante. Et ne parlons même pas de l’Académie française, vieille de quatre siècles — et qui en passera au moins quatre autres sans succomber à ces assauts intempestifs.

    Notre militante s’est bien gardée de mentionner ces faits — elle fidèle à sa mission, et à sa manière.

    ***

    Maintenant que nous avons réfuté chacun des sophismes d’Émilie Nicolas (je reconnais qu’il y en avait beaucoup), terminons sur une courte déclaration qui exprime l’essentiel de mon sentiment, de ma position sur le sujet de l’écriture inclusive.

    Ultimement, c’est faire insulte à l’intelligence des femmes que de prétendre que leur légitime aspiration à l’égalité passe par une mesure purement cosmétique comme l’écriture inclusive.

    Grimer la langue au lieu de modifier les attitudes et les pratiques. Théâtre.

    On n’atteindra pas concrètement la vraie égalité en infantilisant les femmes, en les représentant comme des créatures capricieuses qui se mortifient d’outrages inventés dont le redressement revanchard seul pourrait les calmer.

    N’est-ce pas là exactement ce que dénonce le féminisme ?